• Qu’est-ce que le self love ?

Self love signifie littéralement “amour de soi”, mais le mot “aimer” est devenu si banal de nos jours. On dit qu’on aime les frites, qu’on aime la personne qui partage notre vie, qu’on aime faire du sport, etc. L’amour est un sentiment qui peut prendre de nombreuses formes et être éveillé par tant de choses, d’expériences, de personnes. Il y a l’amour-plaisir, l’amour-joie, l’amour-compassion… On utilise le mot aimer pour décrire différentes émotions et sensations agréables, au point qu’on ne sait plus bien ce qu’est précisément l’amour.

Pour moi, le self love est au-delà des émotions et des sensations : c’est le fait d’aimer, d’accepter, de considérer, de respecter l’être qui vit toutes ces émotions et sensations, qu’elles soient positives ou non. C’est s’accompagner soi-même, se tenir bonne compagnie. C’est aimer notre être. Aimer ne signifie pas forcément apprécier, et c’est là toute la subtilité du self love. Il ne s’agit pas ou pas seulement de s’apprécier ; on peut parfois être fâché.e avec soi-même, et s’aimer quand même. L’image que j’utilise volontiers pour illustrer mon propos est la parentalité. C’est une chose que l’on n’est pas toustes amené.e.s à connaître, mais nous pouvons aisément imaginer qu’en général, un parent, même lorsqu’il est agacé par son enfant, ne cesse pas de l’aimer. Son amour, sa présence et son soutien restent acquis à l’enfant quoiqu’il arrive. Cet amour est celui se rapproche le plus du le self love, pour moi.

Tout cela est bien différent de l’égocentrisme, qui consiste à ne se considérer que soi-même. S’aimer, ce n’est pas se considérer supérieur.e aux autres ni tirer la couverture vers soi. C’est au contraire s’accorder une importance égale aux autres et savoir quand se prioriser pour son propre bien et pour son propre équilibre. La distinction semble subtile et c’est important de la voir, autrement on risque de croire que s’accorder de l’amour et prendre soin de soi est forcément un acte égoïste. Or dans la vie, tout est souvent une question d’équilibre. L’intention qu’on place derrière le self love est déterminante : est-ce qu’il s’agit de prendre soin de soi ou est-ce qu’il s’agit de ne vivre que pour soi ? Vous savez qu’ici, je privilégie l’idée de prendre soin de nous ET soin du monde qui nous entoure. Vous savez aussi que je pense que ces deux notions sont liées entre elles et que je crois que l’une nous permet d’accéder à l’autre. Du moins si l’équilibre est réel.

 

• C’est inné ou ça se construit ?

Si je devais ajouter un tiret à cette forme d’amour, ce serait le suivant : amour-soin. Car quand j’ai décidé de m’aimer, j’ai décidé en même temps de prendre enfin soin de moi. Je dis “décidé” car oui, c’était un choix. Chez moi, ce n’était pas inné du tout et il a fallu que j’apprenne. Pour apprendre, il est nécessaire de décider d’apprendre. Comme quand on apprend une nouvelle langue, on ne se lève pas un beau matin en étant bilingue. On doit d’abord réviser et travailler, apprivoiser ce nouveau langage, le pratiquer autant que possible. Alors oui, pour moi, tout a commencé par un choix et surtout par une réelle volonté. Cependant la construction du self love est bien différente de l’apprentissage d’une nouvelle langue. Il ne s’agit pas de se juger ou de passer des tests. C’est un chemin qu’on fait pour soi, pas contre soi.

Le self love peut être construit et bien ancré en soi dans l’enfance, quand celle-ci nous permet de nous développer sainement. Dans de nombreux foyers malheureusement, ce n’est pas le cas. La société elle-même ne valorise pas le self love et ne nous apprend pas à le cultiver, bien au contraire – dans ce système, la productivité et l’économie passent avant l’humain. On ne nous apprend pas à prendre soin de nous et à être bienveillant.e envers nous-même. Quand notre histoire personnelle ne nous a pas appris cela, c’est alors à nous d’apprendre.

Pour prendre mon exemple, j’ai longtemps été en désamour avec moi-même. Je me jugeais, j’avais énormément de croyances négatives à mon propos, je me rabaissais beaucoup. Un jour, j’ai réalisé à quel point c’était grave. J’ai réalisé que je ne traiterais jamais quelqu’un d’autre comme je me traitais moi-même. J’ai finalement tenté l’expérience de poser sur ma personne un regard neutre. J’ai examiné mes actions, ma vie, mes valeurs et j’ai compris que je ne cessais de me diminuer sans raison valable. J’avais des attentes énormes envers moi-même, je ne me félicitais jamais, je n’étais pas satisfaite de qui j’étais ou de ce que je faisais. Je ne tenais pas compte de mes qualités ou de mes réussites – tout ce qui était positif chez moi me semblait “normal” -, je ne voyais que mes manquements et mes faiblesses et je les laissais me déterminer entièrement. C’est pour cela que je dis souvent que je reviens de loin.

Plus tard, j’ai compris que tout ceci était la conséquence d’une enfance et adolescence difficiles. Je ne me suis pas battue contre moi-même ensuite, au contraire – je me suis prise dans les bras. Toutes ces fausses croyances et ces pensées négatives venaient bien de quelque part, elles ne sont pas nées en même temps que moi mais se sont insinuées dans mon esprit plus tard, se faisant plus fortes avec le temps. J’ai compris qu’elles étaient les symptômes d’un manque d’amour, et que ce n’était pas ma faute. Dans ma conscience, j’étais revenue à un point de neutralité à partir duquel je pouvais choisir pour moi-même, consciemment, comment je voulais me regarder. J’ai donc décidé de changer de regard, de “me reprogrammer”. J’ai décidé que j’allais créer une autre voix en moi-même, une voix bienveillante et aimante, et que je lui accorderais plus de crédit désormais. Il m’a fallu construire une autre voie en moi-même, oui. Comme quand on crée un chemin à travers la forêt : tout est sauvage et au début, on marche sur des herbes, des ronces. Mais à force d’y passer et d’y repasser, la route se forme et un jour, elle devient un sentier sûr. C’est comme cela que j’ai construit mon self love. J’ai dû apprendre, toute seule, à me voir autrement.

 

• Ca se manifeste comment ?

– Pour moi, la construction du self love passe avant tout par le regard – apprendre à poser un nouveau regard sur soi, un regard bienveillant. Je crois que c’est sa manifestation la plus importante au quotidien. Cela signifie qu’on s’accepte dans les bons moments comme dans les moments difficiles. Je sais très bien que je ne serais pas au top tout le temps, qu’il y a des fois où j’aurais plus de mal à prendre soin de moi, que parfois je ne vais pas faire les meilleurs choix puisque je suis humaine. En revanche, je choisis de poser un regard bienveillant sur tout ceci : mon être, ma conscience, ma vie, mes choix. Je sais que je fais de mon mieux et j’accepte cela.

– Le self love pour moi, c’est se traiter soi-même comme on traite un.e proche. Quand je pense aux gens que j’aime, je ne les juge pas. Je ne les critique pas. Je ne les rabaisse pas. Quand un.e proche vient me faire part d’une difficulté qu’iel vit, je l’écoute, je l’accompagne, je soutiens cette personne, je la console, je la comprends. C’est une volonté d’être là pour soi-même. Chez moi, cela se traduit par les croyances suivantes : je peux compter sur moi pour me comprendre, me consoler, m’écouter. Je suis ma propre sécurité émotionnelle. Je demande de l’aide si nécessaire au lieu de me laisser de côté. Je tiens compte de mes besoins et de mes limites.

– Le self love, c’est aussi vouloir se connaître pour mieux se respecter. Exemple personnel : je sais que je suis hypersensible et que je suis sujette à l’hyperstimulation, donc je tiens compte de cela le plus possible pour ne pas me surmener. Je mets en place des actions concrètes pour éviter de m’épuiser. Parfois j’oublie, parfois j’échoue – ce n’est pas grave, j’apprends et je suis là pour moi quoiqu’il en soit. Je ne me juge pas. Ce n’est pas une performance, c’est de l’amour ! La bienveillance n’est pas de l’exigence.

Le self love peut prendre toutes les formes du self care : dire non, dire stop quand c’est too much. Poser des limites. Prendre soin de soi en se faisant plaisir de diverses manières : soirée cocooning, bon restaurant, etc… Prendre du temps pour soi. Demander de l’aide quand on est submergé.e par quelque chose et qu’on sent ne pas pouvoir faire face seul.e. Méditer, respirer, se balader dans la nature. Avoir une pratique sportive. Créer, écrire, peindre, lire, chanter, danser. Prendre du temps pour faire n’importe quelle activité qui te fasse te sentir bien.

 

L’important dans tout ça, c’est d‘accepter que c’est un chemin et que chacun.e a sa manière de le parcourir. Le but reste le même : s’aimer ou s’aimer mieux, et je nous souhaite de tout coeur d’y arriver. 

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Voilà, j’espère que ce long article vous a plu.
Prenez soin de vous, et merci de m’avoir lue !

Love and good vibes,

– Aurane